Les négociations entre la Suisse et les États-Unis concernant un nouvel accord tarifaire sont en cours, visant à réduire les droits de douane actuels de 39 % sur les exportations suisses vers les États-Unis à 15 %. Cependant, cet accord proposé suscite d'importantes inquiétudes parmi les parlementaires suisses quant à sa fiabilité et son équité, en particulier compte tenu de la capacité du président américain à agir unilatéralement.
Le Conseil fédéral suisse milite pour un accord contraignant. Cela nécessiterait l'approbation parlementaire en Suisse. En revanche, le président américain peut mettre en œuvre un tel accord par décret exécutif, contournant ainsi l'approbation du Congrès. Cette différence fondamentale dans le processus législatif est une source majeure d'inquiétude.
Points clés à retenir
- L'accord proposé vise à réduire les droits de douane américains sur les exportations suisses de 39 % à 15 %.
- Les parlementaires suisses expriment de sérieux doutes quant à la fiabilité de l'accord.
- Le président américain peut modifier l'accord unilatéralement, contrairement à la Suisse.
- Les entreprises suisses sont soumises à des engagements contraignants, tandis que les engagements américains sont moins sécurisés.
- Les préoccupations incluent les modifications potentielles des lois sur la sécurité alimentaire et des certifications de produits.
Pouvoir unilatéral et incertitude juridique
Manfred Elsig, directeur du World Trade Institute de l'Université de Berne, souligne la nature inhabituelle de cet accord. Il affirme qu'il ne peut être considéré comme un accord commercial standard ou un traité d'État. Les États-Unis ont l'intention d'en faire un accord de niveau exécutif, ce qui signifie que le président peut le promulguer sans l'implication du Congrès.
Cela contraste fortement avec le système suisse. Tout traité international contraignant doit passer par le Parlement suisse. Cette disparité crée un déséquilibre significatif dans la sécurité juridique de l'accord.
« Les Américains veulent faire passer cela uniquement par l'exécutif, c'est-à-dire par le président », a expliqué Elsig. « Cela signifie que le Congrès américain ne s'en occupera pas. En Suisse, c'est différent : s'il s'agit d'un traité contraignant, il doit passer par le Parlement. »
Fait marquant
Les droits de douane américains actuels sur les exportations suisses s'élèvent à 39 %. L'accord proposé vise à les réduire à 15 %.
Engagements suisses versus flexibilité américaine
L'accord proposé impose des obligations spécifiques à la Suisse. Les entreprises suisses, telles que Stadler Rail, devraient s'engager à des investissements importants aux États-Unis, pouvant atteindre des centaines de milliards. Le Conseil fédéral suisse accepterait également de ne pas introduire de taxe numérique.
De plus, l'accord pourrait nécessiter des modifications des réglementations suisses en matière de sécurité alimentaire. Cela pourrait inclure l'autorisation de l'importation de volailles traitées au chlore, un produit actuellement non autorisé par la loi suisse.
Contexte des accords commerciaux
Les accords commerciaux internationaux impliquent généralement des engagements réciproques de toutes les parties, nécessitant souvent une approbation législative. L'aspect unique de cet accord Suisse-États-Unis réside dans les processus d'approbation différents, ce qui pourrait conduire à un cadre juridique déséquilibré.
Du côté américain, la situation est différente. Le conseiller national Fabian Molina (PS/ZH) met en garde contre la nature unilatérale du contrat. Il souligne que le président américain pourrait modifier ou se retirer unilatéralement de l'accord à tout moment.
« Avec cet accord, la Suisse sera internationalement obligée d'adapter certaines lois, de faire certaines concessions et de s'abstenir de certaines actions », a déclaré Molina. « Mais du côté américain, le président Trump seul peut modifier cet accord à nouveau à sa discrétion habituelle. »
Risques pour la certification des produits et les recours juridiques
Le conseiller national FDP Hans-Peter Portmann, généralement favorable à un accord tarifaire, exprime des préoccupations concernant les certifications de produits. Il avertit que l'accord pourrait introduire des incertitudes. Par exemple, un constructeur automobile américain pourrait intenter une action en justice en Suisse s'il se sentait légalement discriminé.
Cependant, l'inverse pourrait ne pas être vrai. Si une entreprise suisse se sent discriminée aux États-Unis, elle pourrait ne pas avoir de recours juridique. En effet, l'accord américain serait un décret présidentiel, et non une loi adoptée par le Congrès.
- Obligations suisses : Adapter les lois, faire des concessions, s'abstenir de certaines actions.
- Flexibilité américaine : Le président peut modifier ou se retirer unilatéralement.
- Investissement : Les entreprises suisses comme Stadler Rail doivent investir des centaines de milliards aux États-Unis.
- Taxe numérique : Le Conseil fédéral suisse doit renoncer à introduire une taxe numérique.
- Normes alimentaires : Modifications potentielles pour autoriser les importations comme la volaille traitée au chlore.
Elsig réitère en outre le manque de sécurité juridique générale dans l'accord proposé. Bien qu'il puisse y avoir une certaine certitude concernant les tarifs, de nombreux autres aspects resteraient volatils.
« Il y a certaines certitudes juridiques concernant les tarifs. Beaucoup de choses resteront incertaines. La situation est volatile », a noté Elsig.
Le problème central reste le pouvoir de décision personnel du président aux États-Unis. En fin de compte, le président américain décidera personnellement ce qui s'applique dans l'accord et ce qui ne s'applique pas. Cette asymétrie crée un environnement difficile pour la Suisse, qui exige l'approbation parlementaire pour de tels engagements internationaux.
Perspectives d'avenir et débat parlementaire
Le Conseil fédéral a élaboré un mandat de négociation pour cet accord douanier. Cependant, les préoccupations soulevées par les parlementaires indiquent un chemin difficile pour sa ratification en Suisse. Le débat se concentrera probablement sur la fiabilité à long terme et la possibilité que l'accord soit modifié sans le consentement suisse.
Les avantages économiques des tarifs réduits doivent être mis en balance avec les incertitudes juridiques et les engagements que la Suisse prendrait. Le résultat aura un impact significatif sur les entreprises suisses et potentiellement sur les réglementations nationales, rendant la discussion parlementaire essentielle.




