Un rapport du bureau d'audit national du Japon a révélé que les États-Unis n'ont pas livré environ 7 milliards de dollars d'équipement militaire, certaines commandes étant en attente depuis plus de cinq ans. Cette situation suscite l'inquiétude parmi d'autres partenaires internationaux, dont la Suisse, qui a également connu des retards dans ses propres acquisitions de défense auprès des États-Unis.
Les conclusions, publiées en janvier, détaillent 118 achats non honorés remontant à l'exercice fiscal 2018, soulevant des questions sur la fiabilité des chaînes d'approvisionnement de la défense américaine et les termes des accords de ventes militaires internationales.
Points Clés
- Le Japon attend 7 milliards de dollars de matériel militaire américain, avec des retards dépassant parfois cinq ans.
- La livraison des systèmes de défense aérienne Patriot à la Suisse a été reportée par les États-Unis pour prioriser l'aide à l'Ukraine.
- Ces retards affectent la préparation militaire, obligeant les nations à prolonger la durée de vie d'équipements vieillissants.
- Les contrats d'armement américains listent souvent les dates de livraison comme des estimations non contraignantes, offrant aux acheteurs un recours juridique limité.
Le Japon détaille des retards significatifs
Le rapport de la Cour des comptes japonaise a mis en lumière des problèmes de longue date dans son processus d'acquisition de défense avec les États-Unis. Le document précise que les retards sont principalement causés par les fabricants basés aux États-Unis et ont un impact direct sur les capacités de défense du Japon.
En étant contrainte de continuer à utiliser des systèmes plus anciens au-delà de leur durée de vie prévue, l'armée japonaise fait face à des coûts de maintenance accrus et à une réduction potentielle de sa préparation opérationnelle. L'équipement non livré comprend des actifs de grande valeur comme le chasseur F-35, le même modèle que la Suisse a commandé pour son armée de l'air.
La nature des accords d'armement américains
Un problème clé souligné dans le rapport japonais est la structure des contrats de ventes militaires étrangères (FMS) avec le gouvernement américain. Les dates de livraison fournies dans ces accords sont généralement considérées comme des estimations plutôt que des délais légalement contraignants. Cela permet à Washington de modifier unilatéralement les calendriers de livraison sans le consentement formel de la nation acheteuse, même après que des paiements anticipés aient été effectués. Cela laisse des pays comme le Japon et la Suisse avec très peu de poids pour faire respecter les délais initiaux.
Les acquisitions suisses également affectées
Bien que les responsables à Berne aient déclaré ne pas être immédiatement préoccupés par leur calendrier de livraison de F-35, la Suisse a déjà été directement impactée par les changements de priorités américaines. En juillet dernier, Washington a informé le gouvernement suisse que sa commande de systèmes de défense aérienne Patriot serait retardée.
La décision a été prise de rediriger la production pour soutenir l'Ukraine. En réponse, Berne a suspendu ses paiements anticipés pour les systèmes Patriot "jusqu'à nouvel ordre". Cet incident sert d'exemple pratique de la manière dont les priorités géopolitiques américaines peuvent l'emporter sur les accords existants avec les alliés.
118 : Le nombre d'achats militaires distincts des États-Unis vers le Japon depuis l'exercice fiscal 2018 qui restent incomplets.
Réponse officielle de Berne
L'Office fédéral suisse de l'armement, Armasuisse, maintient être en contact régulier avec les autorités américaines compétentes. Une déclaration officielle a noté : "Actuellement, nous n'avons aucun indicateur qu'il y aura des retards de livraison pour les F-35 destinés à la Suisse."
Cependant, Armasuisse a également confirmé les réalités contractuelles. L'agence a reconnu que les procédures américaines standard permettent au gouvernement américain de reporter les livraisons dans des "circonstances inhabituelles et pour des raisons valables". Dans de tels cas, la déclaration a clarifié : "La Suisse doit accepter les retards."
Appels croissants à la surveillance
La situation a suscité des appels à un examen plus approfondi des contrats de défense à grande échelle. La Cour des comptes japonaise a exhorté le ministère de la Défense du pays à mettre en œuvre un suivi plus rigoureux de ses accords d'approvisionnement afin d'atténuer le risque de futurs retards, en particulier lors de goulots d'étranglement de production ou de changements dans la politique étrangère américaine.
"Avec cet avion, nous lions notre politique de sécurité aux États-Unis peu fiables pour des décennies", a commenté Joris Fricker, secrétaire du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA).
Le GSsA, critique de longue date de l'achat du F-35, soutient que ces événements soulignent les risques de dépendre d'un seul fournisseur étranger pour des actifs de défense critiques. Le groupe a réitéré son appel à annuler l'accord sur les avions de chasse, une décision que le Conseil fédéral a constamment écartée.
Alors que les nations réévaluent leurs besoins en matière de défense face à l'instabilité mondiale, la fiabilité et la transparence des chaînes d'approvisionnement internationales en armement sont devenues un point de préoccupation central pour les gouvernements à Berne, Tokyo et au-delà.




